Génération Y ou la culpabilité du bleisure

Bleisure. Mêler voyage d’affaires et séjour d’agrément semble s’imposer comme une tendance de fond que les entreprises sont invitées à intégrer. Mais des voix discordantes jettent un doute sur l’enthousiasme qui pousserait les collaborateurs en déplacement à privilégier ce type de formule.

24 % des Français en déplacement professionnel seraient adeptes de façon systématique du bleisure, cette tendance croissante à prolonger son voyage professionnel par un séjour d’agrément. Telles sont les conclusions d’une étude réalisée par l’agence de voyages Egencia. On souligne même « un art français d’enrichir le voyage d’affaires. » Ce taux n’atteindrait que 20 % chez les professionnels allemands et à peine 10 % au Royaume-Uni. Une différence qui s’expliquerait par le fait que les Français associent le voyage d’affaires aux notions de motivation et de plaisir, tandis que les Britanniques y voient surtout du stress et de la fatigue. Mais cette vision négative du bleisure est-elle vraiment l’apanage de nos voisins anglo-saxons ?

 D’autres enquêtes sur le sujet révèlent un pourcentage bien inférieur à 24 %, à l’image des conclusions publiées par FCM Travel Solution qui limitent à 8 % les pratiquants réguliers du bleisure. Bon nombre de spécialistes du secteur évoquent la possibilité que les collaborateurs interrogés ne sont pas nécessairement sincères sur cette question. Une discrétion qui serait volontaire pour se protéger des soupçons, ou simplement des jalousies. Le manque de pilotage dans ce domaine au sein des entreprises renforce ce malaise : seuls 13,7 % des voyageurs d’affaires témoignent d’un encadrement de la part de leur entreprise par une politique spécifique relative au bleisure.

Mais le mélange des genres Affaires – Loisirs serait également mal vécu pour d’autres raisons. Un sondage mené par l’agence de voyage Bridgestreet indique 48,8 % des voyageurs de ce type expliquent en réalité ne pas avoir de temps libre au cours de leur séjour. La jeune génération de voyageurs y voit une source de stress, craignant que leur employeur porte un mauvais œil sur le fait de transformer un séjour Affaires en voyage d’agrément. Les experts du secteur insistent par ailleurs sur le nécessaire encadrement de ces voyages hybrides par l’entreprise et la définition claire des responsabilités de chacun, ce qui n’est souvent pas le cas, provoquant un sentiment de culpabilité lors d’activités sur place. Les absences prolongées du domicile sont elles aussi au cœur de la problématique, comme le souligne une étude réalisée par l’institut Ifop et les Apparthotels Adagio : à la question « qu’est-ce qui vous manque le plus lorsque vous êtes en voyage d’affaires ? », la difficulté de maintenir un équilibre entre vie privée et professionnelle est la première réponse recensée pour 43 % des interrogés.

A cela s’ajoute également un climat de craintes relatives à la prise en charge en cas d’accident, de maladie, les verdicts de la justice étant souvent défavorables au collaborateur en déplacement dans ces cas. Une décision de la Cour de Cassation du 12 octobre 2017 fait d’ailleurs jurisprudence en la matière. Ses conclusions précisent que la présomption d’imputabilité de l’accident de travail est renversée lorsqu’il est démontré que lors de la survenance de l’accident le salarié avait interrompu sa mission pour un motif personnel. Ce climat d’incertitude et d’hésitation autour de ce nouveau phénomène explique sans doute le terme « blurring » (signifiant flou), autre appellation de ces voyages aux objectifs mixtes.

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